La sécurité alimentaire permet aux individus et aux ménages de satisfaire leurs besoins nutritionnels et leurs préférences alimentaires à des niveaux adéquats afin qu’ils mènent une vie active et saine (FAO et UE, 2008 ; Siéwé Pougoué et al. 2020).
A. Contexte
La sécurité alimentaire permet aux individus et aux ménages de satisfaire leurs besoins nutritionnels et leurs préférences alimentaires à des niveaux adéquats afin qu’ils mènent une vie active et saine (FAO et UE, 2008 ; Siéwé Pougoué et al. 2020).
Cependant, au Cameroun L'insécurité alimentaire (qui peut être entendue comme étant l'état où une personne ou un ménage n'a pas un accès régulier à une quantité suffisante d'aliments sains et nutritifs pour une vie active et saine, ce qui peut résulter d'un manque d'argent, de disponibilité des aliments ou d'autres facteurs ); reste préoccupante, car elle impacte la vie des millions de personnes qui ne peuvent se nourrir chaque jour.
Lors d'une conférence qui s’est tenue le 12 décembre 2023 à Yaoundé, Gabriel Mbairobe, ministre de l'Agriculture et du Développement rural (Minader), a révélé une situation alarmante concernant la sécurité alimentaire au Cameroun car selon les statistique, Environ 3.1 millions de personnes sont en situation de crise, (11%) en insécurité alimentaire aiguë, dont 249 000 en urgence.
Le contexte Camerounais est particulièrement marqué par le risque de rupture de stock alimentaire périodique dû à la difficulté des ménages à produire pendant toute l’année (Siéwé Pougoué et al. 2020 ; Janin, 2006). La situation alimentaire y est caractérisée par la recrudescence des crises alimentaires de plus en plus récurrentes.
B. Les zones affectées
Les zones touchées sont respectivement :
1. L'Extrême-Nord et le nord
Une évaluation faite par OCHA et al. (2019) faisait état de ce que plus de la moitié des 3 millions de personnes en insécurité alimentaire au Cameroun vivent dans la région de l’Extrême-Nord du Cameroun. Elles n’ont suffisamment pas accès à la nourriture du fait d’un déficit d’accès aux ressources (Hamza et al., 2019). Elles vivent principalement en zone rurale (SDSR, 2016 ; Feubi et al., 2016), et leur vulnérabilité est accrue par les tendances socio-économiques, démographiques, leur capacité d’adaptation, etc., et influencée par le niveau de leurs avoirs (Siéwé Pougoué et al., 2020).
Selon CARE, Cette zone est fortement marquée par l’instabilité et le changement climatique. Les conséquences du réchauffement climatique y sont également d’ores et déjà bien présentes.
Ces deux facteurs ont provoqués d’importants mouvements de populations : plus de 320 000 personnes ont fui leur foyer, et luttent aujourd’hui pour leur survie. Parmi des milliers de personnes qui ont tout perdu, 38% sont touchées par la malnutrition.
2. le Nord-ouest et sud-ouest
La crise a mis en péril la résilience des communautés affectées, renforçant leur capacité déjà limitée à répondre aux besoins de base en termes de nutrition ou d'éducation. En termes d'insécurité alimentaire aiguë, 508 480 personnes sont toujours en situation de crise (phase 3 de l'IPC). En outre, la baisse des revenus des ménages et le manque d'opportunités pour les activités agricoles en raison du manque d'accès à la terre obligent de nombreux ménages à mettre en péril leur autonomie ;
3. Le Littoral
En 2026, l'insécurité alimentaire dans la zone littorale du Cameroun (incluant Douala et les départements côtiers) se caractérise par des défis d'accès économique et des pressions climatiques, bien que la situation soit globalement moins critique que dans les régions septentrionales ou en conflit. Contrairement au Nord (frappé par la sécheresse) ou au Nord-Ouest/Sud-Ouest (marqués par les conflits), la zone littorale souffre principalement d'une insécurité alimentaire liée aux prix. La forte dépendance aux importations alimentaires rend les populations urbaines et côtières très vulnérables aux fluctuations des prix mondiaux.
C. Principaux facteurs de l’insécurité alimentaire
Cette insécurité peut être causée par une combinaison de Plusieurs facteurs.
1. Les facteurs climatiques
De façon générale, la surutilisation et la dégradation des terres et des ressources en eau limitent la capacité de production agricole à long terme.
Dans les zones du nord et l’extrême nord, La sécheresse sévère, et autres événements climatiques extrêmes détruisent les récoltes, le bétail, les rendements, et perturbent les moyens de subsistance agricoles, affectant directement la disponibilité alimentaire.
Les inondations récurrentes dans les zones côtières perturbent les infrastructures de transport et les petites exploitations agricoles locales, compromettant l'approvisionnement régulier.
La dégradation environnementale du fait de la Surexploitation des ressources naturelles due à la pression démographique et aux déplacements, entraîne la déforestation et dégradation des sols
L'adaptation aux changements climatiques est cruciale pour la sécurité alimentaire.
Les facteurs liés aux conflits
Dans les régions du nord, extrême nord, Nord-Ouest et du Sud-Ouest, les violences forcent les populations à fuir leurs foyers et leurs terres agricoles, créant un grand nombre de personnes déplacées internes (PDI). Cela perturbe les moyens de subsistance traditionnels et augmente la pression sur les ressources alimentaires dans les zones d'accueil.
Cette insécurité empêche les agriculteurs d'accéder à leurs champs, la circulation des personnes et des biens est entravée, les barrages routiers et les restrictions de mouvement, ce qui réduit considérablement les superficies plantées. Les cultures sont souvent endommagées ou détruites, et le bétail décimé ou volé, par les groupes armés ou lors des fuites.
Les conflits ont pour conséquence un accès et le coût des intrants agricoles (semences, engrais) problématiques en raison des perturbations du marché et de la mobilité limitée. Ce qui entraine la diminution de la disponibilité des produits et les difficultés d'accès aux marchés fonctionnels d’où une flambée des prix alimentaires, limitant l'accès financier à la nourriture pour les ménages pauvres.
Les conflits détruisent les opportunités de génération de revenus, réduisant ainsi le pouvoir d'achat des ménages pour satisfaire leurs besoins alimentaires.
S’agissant des conflits entre agriculteurs, on observe des tensions accrues pour l'accès aux ressources (eau, pâturages) dues à la concentration des troupeaux et à la destruction des cultures par le bétail.
2. Les facteurs économiques
La pauvreté, l’accès limité aux soins, la faible diversification alimentaire, la Hausse des prix des denrées, l’insuffisance des financements humanitaires, réduisant l'accès à l'aide alimentaire. Ce qui fait que de nombreux agriculteurs, en particulier les petits exploitants, souffrent eux-mêmes de la faim et de la pauvreté. Des revenus trop faibles limitent leur capacité à investir dans l'amélioration de leurs exploitations ou à acheter de la nourriture en période de soudure Certaines de ces régions sont historiquement pauvres, avec des problèmes fonciers (manque de terres cultivables) et des difficultés d'accès aux marchés et aux services
De plus la volatilité des prix des aliments et les difficultés d'accès aux marchés peuvent rendre l'approvisionnement alimentaire instable pour les producteurs et les consommateurs.
L'augmentation des frais de transport et du carburant renchérit le coût des denrées sur certains marchés. Bien que la diversité alimentaire soit jugée moyenne à élever pour 96 % des ménages au niveau national, l'accès aux protéines animales et aux tubercules reste limité pour les ménages les plus pauvres dans les zones du littoral
3. Les facteurs liés à l’agriculture
Un secteur agricole et une agriculture de subsistance non structurés et manque d'investissements. De plus la Présence de ravageurs (chenilles) et de maladies endommageant les récoltes. La surutilisation et la dégradation des terres et des ressources en eau limitent la capacité de production agricole à long terme. Un manque d'accès aux intrants agricoles essentiels (semences, outils, crédit), aux conseils techniques et aux systèmes de stockage efficaces peut entraîner une faible productivité. De plus, les pertes et le gaspillage alimentaires après récolte réduisent la quantité de nourriture disponible.
Malgré les efforts pour renforcer l'agriculture et la formation professionnelle, certaines projections indiquent une possible aggravation, nécessitant une aide humanitaire accrue pour faire face aux besoins croissants en 2025-2026,
4. Les facteurs liés à la gouvernance
L'agriculture camerounaise est souvent caractérisée par une agriculture de subsistance, avec un manque d'incitations et de financements pour les jeunes et les petits exploitants afin de développer une production à grande échelle. La gouvernance détermine l'orientation des investissements publics et privés dans le secteur agricole. Mais, la disponibilité et l'accessibilité réduites des stocks de produits de première nécessité, souvent dues à des problèmes d'infrastructures et de logistique, contribuent à l'insécurité alimentaire, exacerbée par la hausse des prix.
D. Solutions et Actions
Quelques pistes de solutions peuvent être envisagées
1. Sur le plan agricole
Mettre en place des mesures pour un Renforcement Agricole qui consistera à apporter un Soutien technique et financier pour structurer les filières et former les jeunes (agriculture, élevage). Travailler pour une Diversification des pratiques, une Réduction de la dépendance aux importations (ex: riz)
2. Sur le plan économique
Plusieurs programmes sont actifs pour stabiliser la situation :
- PULCCA (Projet d'urgence de lutte contre la crise alimentaire) : Ce projet, soutenu par la Banque mondiale, renforce la résilience des producteurs, y compris dans certaines zones de transition proches du littoral.
- Aide du PAM : Le Programme alimentaire mondial a besoin de 40 milliards FCFA en 2026 pour poursuivre ses opérations d'assistance au Cameroun, ciblant les populations les plus vulnérables.
- Soutien aux entreprises : Le projet Secal (financé par l'AFD) cible 8 400 entreprises rurales pour améliorer durablement la sécurité alimentaire à travers le pays d'ici 2026
Mobilisation de fonds supplémentaires pour l'assistance vitale (PAM, etc.).
3. Une meilleure gouvernance
Plusieurs actions peuvent êtres mises en place
- Permettre une gestion durable des terres agricoles: développement d’une cartographie des ressources naturelles, amélioration de la gestion de l’eau et restauration des terres dégradées par exemple.
- Diversification des systèmes de production agricole et soutien à la création d’emplois: appui à la production de semences, au développement de cultures à haute valeur nutritionnelle et génératrices de revenus, soutien à des producteurs et coopératives pour développer la commercialisation de leurs produits, mise en place de systèmes de crédit communautaire.
Source : alternatives humanitaires - Appui à l’insertion professionnelle: accompagnement de jeunes afin de renforcer leurs capacités à gérer leur activité économique.
- Aider les acteurs locaux à lutter contre les crises alimentaires : Renforcement d’un système d’alerte précoce pourprévenir les vagues de chaleur et sécheresses, accompagnement des autorités dans l’élaboration de plans nationaux de réponse à l’insécurité alimentaire, dans la gestion des ressources naturelles ou des points d’eau par exemple.
- Soutenir les populations locales face à l’insécurité alimentaire et nutritionnelle
En résumé, le Cameroun fait face à une crise alimentaire complexe, exacerbée par le climat et les conflits, nécessitant des solutions intégrées allant de l'aide d'urgence au développement agricole à long terme.
Rédigé par Cathy Taguena